Drame de la Citadelle : Jean Garry Denis dénonce les défaillances institutionnelles et l’absence de vision patrimoniale.

À la suite du drame survenu le 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière, qui a coûté la vie à plus d’une trentaine de personnes lors des célébrations de la Semaine sainte, l’ancien directeur général du ministère de la Culture et de la Communication, Jean Garry Denis, a livré une analyse sévère de la gestion de cette tragédie. Selon lui, cet événement met en lumière de profondes défaillances institutionnelles et un manque de préparation des autorités responsables de la protection du patrimoine national.

Dans son intervention, l’ancien haut fonctionnaire reproche aux responsables du secteur culturel d’avoir privilégié la recherche de coupables plutôt que l’assomption de leurs responsabilités. « Les autorités compétentes ont privilégié une logique de désignation de boucs émissaires au sein des échelons subalternes, plutôt que d’assumer une véritable responsabilité institutionnelle », a-t-il déclaré. Pour lui, cette attitude a détourné l’attention des véritables problèmes qui affectent depuis longtemps la gestion du site.

Jean Garry Denis souligne que plusieurs facteurs structurels ont contribué à la catastrophe. Il évoque notamment la centralisation excessive des décisions à Port-au-Prince, le manque de ressources humaines sur le terrain, l’insuffisance des moyens de sécurité ainsi que l’absence de suivi des demandes formulées par les bureaux régionaux avant la période de forte affluence. Selon lui, ces lacunes étaient connues depuis des années et auraient dû faire l’objet de mesures préventives.

L’ancien directeur général affirme également que plusieurs alertes avaient été lancées avant le drame. Il rappelle qu’une mission visant à évaluer l’afflux attendu de pèlerins et à proposer des mesures de sécurité adaptées avait été soumise aux autorités concernées quelques jours avant les événements. « Une proposition de mission de la Direction générale, soumise une semaine avant le drame afin d’évaluer l’afflux de pèlerins et de recommander des mesures de sécurité adaptées, fut ignorée par le ministre de la Culture », a-t-il soutenu.

Au-delà de la tragédie humaine, Jean Garry Denis estime que cette situation révèle l’absence d’une véritable politique publique de préservation du patrimoine. Il déplore le manque d’investissements dans l’entretien des infrastructures historiques ainsi que l’insuffisance de coordination entre les différentes institutions chargées de leur protection. À ses yeux, la sauvegarde du patrimoine doit être considérée comme une priorité nationale et non comme une question secondaire.

L’ancien responsable critique également la réaction des autorités après le drame. Il évoque la révocation de responsables régionaux de l’ISPAN et du ministère de la Culture, estimant que ces décisions ont davantage servi à calmer l’opinion publique qu’à établir les responsabilités réelles. Il regrette aussi le manque de soutien accordé à certains cadres qu’il considère injustement ciblés par les critiques.

Pour Jean Garry Denis, la Citadelle Laferrière demeure un symbole majeur de l’histoire et de la souveraineté haïtiennes. Il appelle l’État à adopter une approche plus responsable et durable en matière de gestion du patrimoine culturel. « La culture constitue l’un des principaux vecteurs de rayonnement international et demeure un élément essentiel de cohésion nationale. Il est impératif de la protéger contre les dérives populistes et les instrumentalisations politiques », a-t-il conclu.


Miracson MONDÉSIR 

leave your comment

Previous Post Next Post

نموذج الاتصال